
Les dernières élections européennes n’ont surpris personne. Comme on s’y attendait, l’abstention a été très élevée. Aucun pays membre de l’Union ne fut épargné par ce phénomène. Que ce soit dans les pays promoteurs de l’UE, ou de ceux engagés dans la zone euro ou bien dans les pays nouvellement adhérents, le désenchantement est désormais général. Les abstentions aux élections européennes, dans l’ensemble des 27 pays membres de l’Union Européenne ont atteint 57 %. Tandis que dans les pays, entrés dans l’Union en 2004 et 2007, elles furent encore plus massives : plus de 80% en Slovaquie ; 78% en Slovénie ; 75% en République tchèque ; 74% en Roumanie et en Pologne. La lassitude est incontestable !
Des raisons multiples : Il est évident que les électeurs n’ont pas tous voté pour les mêmes raisons, et les abstentionnistes ne se sont pas, non plus tous, détournés des urnes pour les mêmes motifs. On pense, généralement, que les électeurs européens se sont abstenus de voter par manque de clarté de l’enjeu des élections européennes. Les institutions de l’UE leur paraissaient manquer de transparence et se trouver très éloignées de leurs préoccupations quotidiennes. La technocratie sans âme, qu’on y pratique depuis des décennies, ainsi que les nombreux ratés de fonctionnement sont, également, des raisons plausibles pour justifier la désaffection des électeurs.
Il faudrait y ajouter également d’autres raisons, comme, par exemple, l’empressement de certains électeurs d’utiliser les élections européennes comme un prétexte pour sanctionner le gouvernement sortant de leur pays (Hongrie) ou bien pour manifester leur méfiance envers le pouvoir en place (Bulgarie et Roumanie). Toutes ces raisons invoquées sont valables !
Les élections du 7 juin 2009 ont confirmé, cependant, une réalité dont les responsables européens en devraient tenir compte. Bien que la grande majorité des citoyens pense que l’Europe unie, à de nombreux égards, est essentielle pour leur avenir, ils sont très peu nombreux ceux qui accepteraient l’intégration, en renonçant, de ce fait, à la souveraineté de leur pays. Aussi, le repli sur soi l’emporte-t-il sur toutes autres considérations. Le patriotisme est encore tenace dans tous les pays membres de l’Union européenne !. La montée du nombre des votants pour les partis d’extrême droite en est également un signal. En effet, à quelques exceptions près, les parties nationalistes de la plupart des pays membres de l’Union se sont affirmés, lors de ce scrutin, beaucoup plus que dans le passé.
Le malaise européen : Les pères de l’UE eurent un idéal : celui de consolider la paix. C’était une démarche de partage de mêmes valeurs morales et spirituelles, de compréhension réciproque, par dialogue, négociation et concessions qui conduisait effectivement, à long terme, à l’intégration.. Mais, hélas, cet idéal de paix à laquelle adhérèrent les foules, prit rapidement une déviation qui en fut de plus en plus mal accueillie par les citoyens. Les institutions austères qui ont été créées n’avaient pas la vocation à stimuler les passions. Le « Marché commun », crée en 1957, qualifié par le public comme étant une « Europe des marchands de tapis », ainsi qu’une centaine d’autres acquis communautaires très variés, allant du « Marché unique » à « l’espace Schengen », en passant par la « Politique agricole commune » (PAC), la protection des consommateurs, les transports, l’environnement, la recherche, etc.., n’avaient toutes obtenu l’adhésion d’une grande majorité des citoyens européens, du fait qu’ils entravaient leurs propres aspirations.
Aujourd’hui tout est compliqué à l’échelle européenne. L’Union européenne est devenue une vaste zone de libre-échange. Elle est constituée de 27 Etats et a une population de 375 millions de citoyens. Elle décide de presque 70% des lois adoptées par les parlements nationaux et gère un budget de 130 milliards d’€ (250 € par an et par habitant des pays membres).
Les Structures complexes et le fonctionnement coûteux de l’UE s’alourdissent au fil des années. L’organisation semble démocratique mais, en fait, cela n’est que de façade car ce sont uniquement les chefs des Etats et des gouvernements qui décident en dernière instance. L’UE comporte, effectivement, un Parlement, un Conseil des ministres, une Commission et enfin le Conseil des chefs d’ Etats et des Premiers ministres. Le parlement européen, sans grands pouvoirs, compte 836 députés élus, par les électeurs de tous les Etats membres, d’une manière considérée par beaucoup comme étant antidémocratique. Il emploie environ 5000 fonctionnaires, traducteurs, agents et contractuels, et a, actuellement, un budget annuel de 1,32 milliards d’euros. Les députés européens exercent leurs pouvoirs théoriques uniquement en tant que colégislateurs auprès du Conseil des ministres. Quant à la Commission de l’UE, elle assume le rôle essentiel de l’exécutif, tandis que les chefs d’Etat et de gouvernement sont les seuls à bénéficier du pouvoir de décision et de définition des orientations. L’UE se trouve, actuellement, loin de l’intégration politique et sociale souhaitable. Elle ne repose que sur des fondements réglementaires et matériels dans l’unique but d’intérêts économiques ; celui d’en capter l’héritage et bénéficier de subventions. Au fur et à mesure de son élargissement, l’intégration politique, tant souhaitée, est devenue impensable pour la plupart des Etats membres.
Il faut changer l’Europe. Il s’avère que notre monde est en faillite De nombreuses folies nous ont menés à l’abîme. Il faut refonder un monde nouveau sur celui qui s’effondre et construire une civilisation des hommes ou se laisser engloutis par la barbarie. Les graves mutations que subit actuellement notre planète, l’exigent. Les crises économique, financière et sociale, qui affectent désormais tous les pays du monde semblent catastrophiques. Les changements climatiques qui sévissent actuellement vont en s’intensifiant. Le réchauffement de la planète fait désertifier de plus en plus des régions dont les habitants cherchent refuge dans d’autres contrées plus hospitalières. La misère qui s’étend rapidement dans de nombreux pays de la planète, insuffisamment développés pour affronter la situation, déclenchera, sans faute, un extraordinaire flux migratoire qui déferlera vers les pays plus développés... Tous ces changements inéluctables visent directement ou indirectement l’Europe. Notre continent, une presqu’île très escarpée mais où il fait encore assez bon vivre, faisant partie du grand continent asiatique, a toujours été un endroit de prédilection des migrations venant non seulement de l’est ou du sud mais également d’ailleurs. C’est la région la plus convoitée du monde !
Devant ces menaces, il faut agir avec opiniâtreté sur la scène internationale du monde, entièrement nouveau, qui émergera, sans faute, après une sortie des crises stupéfiantes. Un monde dans lequel le jeu des puissances mondiales sera totalement modifié. Or, dans les discussions planétaires, qui auront sans doute lieu, pour remédier à tous les dangers qu’encoure notre planète, les pays européennes, présents en ordre dispersé, manqueraient de crédibilité et de vigueur par rapport aux grandes puissances de la planète.
Il faut donc refaire l’Europe sur d’autres bases. Une Union plus proche des principes de la démocratie où chacun se retrouve et se sent vraiment concerné et où les représentants, élus des citoyens des pays membres, puissent avoir une plus grande audience. L’UE a besoin d’une nouvelle structure véritablement démocratique avec un parlement investi pour contrôler les errements technocratiques.
L’intégration politique est indispensable. Mais pour que nous puissions partager une communauté de destin, il nous faut aussi partager des valeurs communes. L’UE actuelle manque d’âme, ainsi que d’hommes et de femmes capables d’avancer des idées nouvelles, de soulever l’enthousiasme et inspirer la foi en une Europe unie, à des populations qui n’y croient actuellement pas, comme c’est le cas des pays de l’Europe centrale, orientale et baltique, qui n’ont qu’une vision confuse de l’avenir de l’Europe.
Horace Borza
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