20 septembre 2007

ROUMANIE:Un nouveau Patriarche


Enfin, un changement de Patriarche orthodoxe, en Roumanie. On attendait ce événement depuis très longtemps. Mais en est-il le bon ?

Le Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe roumaine a choisi, mercredi 12 septembre 2007, pour nouveau patriarche, le métropolite Daniel (Ciobotea), de Moldavie et Bucovine. Il succède au patriarche Teoctist, mort le 30 juillet 2007, à l’âge de 92 ans
.
Mgr Daniel, 56 ans, est considéré comme étant un réformateur, inventif sur le plan économique, et partisan résolu de l’œcuménisme. Il a fait ses études de théologie orthodoxe à Sibiu et Bucarest (Roumanie), puis la théologie protestante à Strasbourg où il a soutenu sa thèse de doctorat en 1979 -, et catholique à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne). Il a prononcé ses vœux monastiques en 1987 et a enseigné à l’institut œcuménique de Bosey près de Genève (Suisse).
Une très rude tâche attend le vénérable prélat. Celle de donner à l’Eglise orthodoxe roumaine un visage nouveau. De la faire sortir, une fois pour toutes, de sa désuétude et de son « orientalisme » suranné dans lequel elle s’est embourbée depuis trop longtemps. En effet, l’Eglise orthodoxe de Roumanie exerce, depuis des nombreuses décennies un rôle plus politique que social et humain. Son engouement auprès des régimes politiques de diverses obédiences idéologiques, qui se sont succédés dans le pays, et même de les servir docilement, comme durant la période communiste de 1946 à 1990, où le clergé orthodoxe, dans son ensemble, collaborait avec la Sécuritatea, police politique roumaine, de triste souvenir, à fait beaucoup ternir son prestige et sa crédibilité auprès de nombreux Roumains.
Il faudrait, qu’à l’avenir l’Eglise orthodoxe roumaine s’investisse davantage à ses nobles missions de gardienne de la morale publique et individuelle et de sauvegarde des âmes, qui lui incombent. Qu’elle s’ouvre davantage sur le monde actuel, dans un esprit de rassemblement œcuménique, et participe plus activement à la sauvegarde de la culture et des valeurs morales et spirituelles de notre civilisation chrétienne qui se trouve actuellement en très grand danger.

04 septembre 2007

TURQUIE: Où va-t-elle?


Le nouveaux président de la Turquie, Abdullah Gül (à droite sur l'image), issu de la mouvance islamiste, a prêté serment mardi, 28 août 2007, et juré fidélité à la République laïque, peu après avoir été élu par 339 des 550 députés du Parlement, dominé par son parti islamique, de justice et du développement (AKP), en dépit de l’opposition des plus sourcilleux défenseurs de la laïcité.

Bien que lors de la cérémonie d’investiture, suivie d’un discours, il se soit engagé à défendre la laïcité et ait appelé à la poursuite des réformes requises par le processus d’adhésion à l’Union européenne, son élection est perçue comme une victoire de l’islamisme sur les tenants les plus intransigeants de la laïcité, soutenus par l’armée.

Dans un climat de tension alimenté par des manifestations contre l’islamisme et une attitude ferme prise par le Parti républicain du peuple (CHP) de Deniz Baykal, porte-étandard du camp laïque, qui a accusé M. Gul de vouloir, une fois devenu président, mettre en œuvre un plan secret d’islamisation du pays, a déjà prévenu qu’il examinerait à la loupe les faits et gestes du nouveau président. De son côté , l ‘armée avec le général Yasar Büyükanit, chef de l’état majeur, en tête , menace d’intervenir en cas de remise en cause de la laïcité.
Que faut-il en penser ?
Quoi qu’affirment certains journalistes et observateurs politiques, qui penchent surtout à croire que le parti l’AKP au pouvoir mènerait une politique modérée, basée sur des valeurs religieuses historiques, la menace islamiste, bien que discutée, semble réelle.. En effet, nombreux faits ambigus et contradictoires démontrent la duplicité du nouveau pouvoir turc. Malgré les engagements pris dernièrement par le nouveau gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, de consolider la démocratie et la stabilité économique et à faire avancer le pays dans la voie de l’Union européenne dans le cadre d’une nouvelle constitution plus libérale, respectueuse des libertés individuelles, des faits quotidiens démontrent le contraire. On sait, par exemple, que le Premier ministre, issu du même parti politique que le président, a pratiqué, en tant que maire d’Istanbul, un islamisme des plus durs. Il faisait, notamment, la chasse aux minijupes, interdisait l’alcool dans les établissements dépendant de la municipalité et avait été condamné pour « incitation à la haine religieuse ». Bien que le profil d’Abdullah Gül soit beaucoup plus lisse, il n’empêche que sa femme, Hayrünnisa, et ses filles pratiquent l’islâm avec une très grande ferveur. En effet, elles portent ostensiblement le voile islamique, perçu par le camp laïque comme un symbole de rejet de la laïcité. La montée de l’Islâm. On remarque, également, que depuis un certain nombre d’année l’Islâm augmente son emprise sur la grande majorité des Turcs. Celle-ci confonde souvent, dans son esprit, la religion ancestrale et la glorieuse histoire de l’Empire ottoman pour laquelle elle garde un véritable culte.
Par ailleurs, de nombreux Turcs, islamistes fanatiques, s’accordent de plus en plus mal avec les populations d’autres confessions demeurant dans leur pays. Malgré la visite protocolaire en Turquie, en 2006, du pape Benoît XVI, l’assassinat d’un prêtre italien, les incendies d’églises et de synagogues et, surtout, les témoignages soucieux de résidents d’autres religions de Turquie, l’attestent.

Pour mieux comprendre l’engouement islamique actuel des Turcs et le regard révéré sur leur passé, il faudrait se rappeler que la dynastie des Turcs ottomans avaient entrepris leurs extraordinaires conquêtes au nom de l’Islâm et qu’elle avait même crée plusieurs métropoles islamiques, dont celle de Constantinople (futur Istanbul). En effet, après avoir étendu leur principauté d’origine sur une bonne partie de l’Asie Mineure, au dépens de Byzance, et y chassé ou décimé les Grecques chrétiens, les Ottomans avaient crée leur grand Empire par des conquêtes retentissantes en Asie, où ils s’emparèrent de l’Anatolie orientale (1514) de la Syrie (1516) et ils y atteignirent l’Euphrate. En Afrique, ils occupèrent l’Egypte (1517), ainsi que l’Algérie, la Tunisie et la Tripolitaine. Tandis qu’en Europe, après la chute d’Andrinople (Edirne), en 1360, ils s’emparèrent progressivement de Constantinople, en 1453, de la Thrace, la Macédoine, la Bulgarie. Puis, durant la période de leur apogée, allant de 1453 au 1566, ils poursuivirent leur expansion par les conquêtes de la Serbie, Bosnie, Albanie, Pays roumains, Crimée et Hongrie et assiégèrent Vienne, en 1529. C’est ainsi qu’à la fin du XVIIe siècle l’Empire ottoman turc, agissant au nom de l’Islâm, s’étendait de l’Autriche au golfe Persique, de la mer Noire aux confins marocains. La plupart des populations des régions occupées d’Asie et d’Afrique et de quelques-unes d’Europe (Bosniaques, Albanaises, etc…) furent converties de gré ou de force à l’Islâm. D’ailleurs, pendant une certaine période des sultans ottomans avaient été considérés comme étant à la tête de la religion et Selim Ier (1512-1530) fut même reconnu comme protecteur des lieux saints de Mecque.

Un plan secret d’islamisation de la Turquie. Le renforcement de l’Islâm en Turquie est un fait. Il est attesté , aujourd’hui, par les récents succès retentissants du parti islamiste l’AKP.
Les laïques turcs ont raison à s’inquiéter. Le fait que des islamistes s’infiltrent, de plus en plus, dans tous les rouages de l’Etat justifie encore plus leur crainte de l’existence d’un plan secret d’islamisation de la Turquie.
Ils savent qu’une défaillance dans la cohésion présente de l’armée, considérée comme étant la gardienne de la laïcité, suffirait pour faire basculer l’équilibre instable actuel et instaurer en Turquie un régime islamique excessif. Les coups d’Etat ne manquent pas en Turquie. Le pays en a connu trois, entre 1950 et 1980.

La Turquie et l’Europe. La proclamation de la République turque, en 1923, par Mustafa Kemal, surnommé Atatürk, et l’abolition du califat et le vote des premières lois laïques, en 1924, avaient marqué quelques changements substantiels mais, toutefois, insuffisants pour démocratiser réellement le pays et faire sortir le peuple turc de son archaïsme traditionnel. Les souhaits d’émancipation du pays, manifestés par Atatürk, décédé en 1938, furent poursuivis, cependant, avec moins d’ardeur, par ses successeurs. Ceux-ci rangèrent la Turquie, en 1945, de côté des Alliées, alors qu’elle était restée neutre pendant la guerre. Ce fut une tournante dans l’histoire de la Turquie. Tous les dirigeants qui se suivirent, depuis cette époque, firent semblant de tourner le dos à leur passé asiatique et se trouver des vocations européennes.
Aussi, en 1949, le gouvernement turc s’empressa-t-il à faire adhérer leur pays au Conseil de l’Europe, crée quelques mois avant, à organiser, en 1950, les premières élections libres qui donnèrent la victoire au Parti démocrate, et adhérer également, en 1952, à l’Alliance atlantique. Tandis qu’en 1963, il obtint un accord d’association avec la Communauté économique européenne.
A partir de ce moment, l’Union européenne devint le but majeur de la politique turque. La présence de la Turquie en Europe devint un fait grâce au soutien de quelques pays de l’Union et surtout de celui, sans faille, des Etats-Unis qui considèrent sa situation géographique comme un endroit stratégique pour la défense de l’Occident.

Les visées turques actuelles : Malgré les agissements incompatibles avec les statuts de l’Union et, encore moins, avec les valeurs morales et spirituelles préconisées par celle-ci, la Turquie obtint , en 1995, un Accord d’union douanière avec l’Union européenne. Après quelques réformes démocratiques, sporadiques, dont l’abolition de la peine de mort, le gouvernement turc obtient également, en 2005, l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE.
Il s’avère que la diplomatie turque force son entrée dans l’Union européenne, mais sans accomplir rigoureusement les réformes exigées par l’institution. Un journaliste turc, islamiste, fit récemment, un peu désabusé, une affirmation qui résume bien les velléités du gouvernement turc actuel : « Ce n’est pas à la Turquie de s’adapter aux exigences de l’Union européenne mais à celle-ci de s’accommoder aux réclamations turques ».

Depuis l’arrivée du parti islamiste au pouvoir en Turquie on entrevoit mieux le double jeu de son Gouvernement. C’est le souhait de devenir, à la fois, membre, à part entière, de la Communauté européenne et un des leaders de l‘Islâm international..
Des stratèges politiques turcs estiment la situation présente très favorables pour le Gouvernement de leur pays afin de lui permettre d’y aboutir. Leurs atouts majeurs, pour faire pression sur les dirigeants européens, sont ces quelques millions de leurs ressortissant, établis depuis 1963 dans l’ensemble des pays de l’Union, où ils constituent des communautarismes redoutables, à la fois nationaux et islamistes, et que le Gouvernement turc manipule à sa guise. De surcroît, la plupart de ces ressortissant possède une double nationalité.

Quant à l’islamisation de la Turquie, que craignent certains laïques turcs, n’est, semble-t-il, qu’une question de temps. Des « futurologues » des plus avertis, non seulement turcs mais encore d’autres nations européennes, voient encore plus loin. Selon eux non seulement la Turquie mais encore un bon nombre des pays de l’Europe y serait exposé. Il subirait, à coup sûr, l’islamisation, à moyen ou à long terme. Les communautés turques s’affairent déjà, dans les pays européens respectifs, où ils demeurent, à rassembler les islamistes de toutes ethnies, d’y créer des mosquées, des lieux de cultes et des centres culturels. Avec son adhésion à l’Union européenne, la Turquie investirait l’Europe, pacifiquement. La propagation de l’Islâm, qu’avaient préconisée les Ottomans, dans le passé, s’y ferait alors, inéluctablement, sans même l’utilisation des armes...